Re-présences de Gloria Anzaldúa

 

Je vais parler des potentialités transformatrices que peuvent avoir des archives queer racisées au sein des archives plus générales, avec l’exemple de Gloria Anzaldúa. Elle est une écrivaine, universitaire, activiste féministe et queer chicana. Gloria Anzaldúa est née le 26 septembre 1942, dans une famille d’origine mexicaine dans la pauvreté à Harlingen au Texas, et elle est morte le 15 mai 2004 à Santa-Cruz en Californie, pas très loin de chez moi d’ailleurs où je parle maintenant.
La ville de sa naissance est près de la frontière avec le Mexique, et c’est en ce moment un endroit plein à craquer de border patrols, de police, c’est à dire les flics de la frontière, qui recherchent les immigré.e.s sans-papiers venant aux États-Unis via le Mexique.
Vous avez peut-être entendu parler du récent assassinat de Claudia Patricia Gómez González, une femme native âgée de 19 ans originaire du Guatemala assassinée par les flics de la frontière pendant qu’elle s’enfuyait le 23 mai 2018 dans la ville de Rio Bravo au Texas, qui est très près de chez Anzaldúa. Elle avait fini des études de comptable, et elle n’avait pas pu trouver de travail au Guatemala. La police des frontières aux États-Unis sont particulièrement brutaux, et assassinent, laissent mourir, arrêtent, internent les immigré·e·s à la frontière. Ils séparent les enfants immigrés de leurs parents, et 1500 enfants ont été perdus récemment. Trump a récemment dit à propos des enfants d’immigré·e·s, je cite : « Ils peuvent sembler innocents, mais ils ne le sont pas ». Cette déclaration fait partie de la criminalisation de tous les immigrés latino-américains de la classe ouvrière aux États-Unis.
Paradoxalement le lieu où Claudia Patricia Gómez González a été assassinée était habité pendant 6000 ans par les natifs, tout comme le restant du territoire des Turtle Islands, de l’Île de la tortue, territoire que les blancs ont appelé les États-Unis. Ce même territoire a commencé à être colonisé par les Espagnols en 1519, en 1821 il fait partie de la nation mexicaine, et en 1848 il est usurpé par les États-Unis.
Compte tenu du statut de colonie de ce territoire, on peut considérer l’assassinat de Claudia Patricia Gómez González comme un acte génocidaire direct.
Le 16 mai je me suis rendue en bus, avec une quinzaine de collègues et ami·e·s à la tombe de Gloria Anzaldúa à Harlingen, au Texas, un jour avant le colloque à San Antonio où on fêtait le 30ème anniversaire du livre de Gloria Anzaldúa, Borderlands / La Frontera. On était presque que des femmes racisées, et quand le bus approchait la ville d’Anzaldúa, la police des frontières nous a arrêtées pour contrôler nos papiers. Les flics étaient armés, ils avaient des chiens, et sont entrés dans le bus. Parmi nous, il y avait une Curandera, Sandra Pacheco, qui tout de suite a lancé des foroz pour purifier l’espace. Et enfin, la police des frontières est finalement partie, mais sur le chemin du retour de la tombe d’Anzaldúa allant vers San Antonio, on les a encore rencontrés parce qu’ils sont partout.
Le gouvernement a transformé cette frontière en une zone de guerre coloniale et raciste.

Alors, qu’est-ce que je peux dire à propos des travaux d’Anzaldúa ? Elle était une écrivaine, elle nous a laissé beaucoup de choses, beaucoup d’écrits, etc. Elle est la première universitaire a introduire la notion du queer au sein de l’université en 1987 avec son livre Borderland / La Frontera, et dans ce livre Anzaldúa définit queer non pas comme une identité mais plutôt comme des conditions, des états d’être formés dans des rapports de pouvoir tel que le colonialisme, le racisme, la misogynie, et comme un ensemble de dispositions, ainsi qu’une orientation sensible et relationnelle. Anzaldúa interroge aussi les historiographies dominantes de la région de sa naissance, c’est-à-dire elle interroge l’historiographie anglo-américaine, l’historiographie blanche, et aussi africaine dominantes, et elle propose une historiographie à partir de la situation des conditions de vie natives mestiza, c’est-à-dire métisses, et queers. Ses travaux ont profondément informé beaucoup de théories diverses et variées, dont les théories décoloniales y compris de Walter Mignolo qui la cite directement. Elle proposé aussi d’autres modes de savoir et de production du savoir qui sont enracinés dans des modes de production du savoir natifs et qui incluent par exemple, la production du savoir par le rêve, par l’écoute de la nature, par des ancêtres, par des fantômes et des apparitions, ce qui n'est pas très classique pour l’université.
Pour l’instant, je vais juste mentionner qu’il y a bien sûr de nombreux possibles aux archives et à l’archivage, mais ici je vais proposer une approche potentiellement productive que j’appelle le re-presencing ou la re-présence ; et en fait, j’envisage la re-présence non pas comme une forme de représentation mais comme une manière d’assurer la présence directement, des fragments d’archive et ici spécifiquement des fragments d’archive d’Anzaldúa.
Les fragments existent dans plusieurs genres y compris des genres très éphémères, et ils ne sont pas toujours faciles à identifier, et c’est pour cela qu’ils ne sont pas tous collectionnés pour le moment. Cela dit la re-présence ne signifie pas qu’il faut tout rassembler, tous les éléments etc. ce qui correspondrait à une logique capitaliste d’hyper-accumulation. Il ne s’agît pas non plus de faire une simple inclusion, ce qui reviendrait à ajouter les queers racisé·e·s à ce qui existe déjà. La re-présence s’oppose d’une part à l’assimilation à la nation, en colonialité, au capitalisme, en homonormativité, et d’autre part elle est contre ce que Orlando Patterson appelle la mort sociale. La re-présence correspond à un désir de transformation, un désir d’insurgence, et je vais essayer de montrer ça dans le cas des archives d’Anzaldúa.
Mais d’abord pour le faire, je vais parler de la question des archives et du pouvoir, et je vais ensuite expliquer la notion de re-présence un peu plus, et puis après je vais préciser ce que la re-présence signifie dans le cas des archives d’Anzaldúa, avant d’arriver à quelques conclusions.

D’abord, dans notre contexte, dans lequel on créé des archives de toutes sortes, on est saturé des rapports de pouvoir de la colonialité, du capitalisme, du racisme, des rapports de classe, de la misogynie, de la queerphobie, de la transphobie, et les travaux d’Anzaldúa nous offrent une critique de tout cela à la fois, et même plus que tout cela, ils vont à l’encontre directe de la logique génocidaire aux États-Unis qui veut que les natifs soient toujours en train de disparaître, ils vont aussi beaucoup plus loin, ils expriment également l’horreur devant tout ce qu’on tue dans le monde, ainsi que tout ce qu’on tue en nous-mêmes - par rapport à la colonialité, parce qu’on tue en nous-mêmes.
Anzaldúa critique le vol de la terre, la pauvreté, le traitement raciste des immigré·é·s, elle prend position contre l’intégration, dans le monde blanc, hétéro, misogyne, cisgenre, queerphobe et transphobe. Elle affronte de multiples rapports de pouvoir à la fois.
Et donc, c’est intéressant de penser aux archives d’Anzaldúa, avec plusieurs types de textes, dont le texte par exemple de Jacques Derrida, Mal d’archives. Derrida y présente entre autre une généalogie de la notion d’archive en grec, Arche. Il attire notre attention sur d’autres éléments de ce terme, le commencement, le début, et le commandement ou les dieux ou les gens et le lieu d’où les gens exercent l’autorité. En fait, il fait remarquer que le rapport entre Arche et le terme plus ancien Archeon, qui signifie maison, ou domicile ou résidence des dominants, et donc voilà, tout ça marque, mélangé là-dedans le fait que les archives sont liées au privilège de ceux qui les logent, et qui les interprètent.
Derrida note que les archives ont une fonction d’unification, d’identification et de classification, et il nous demande d’observer comment les sources sont ordonnées et classées dans les archives. Il remarque que les archives produisent des exclusions et que le secret et l’hétérogénéité les menacent. Et voilà, et il met en évidence la violence des archives, parce que la reproduction que les archives effectuent est une forme de destruction, elles bloquent d’autres interprétations, d’autres futurités.
Pour Derrida, les archives agissent aussi contre elles-mêmes, d’où le Mal d’archive.
Derrida ouvre à différents moments de son texte plusieurs dimensions, de la notion du Mal d’archive : désir compulsif, répétitif, nostalgie des archives, désir irrépressible de retourner à l’origine, la rétention d’une origine spécifique, par la répétition, l’incapacité de l’Un de se différencier de l’Autre, sans réitérer, reproduire constamment soi-même.
Si on considère la notion du Mal d’archive dans une perspective queer et trans racisée, on peut mettre en évidence notre malaise en face de l’archive et ses multiples dimensions. C’est intéressant que le Mal d’archive en anglais est traduit par les mots Archive fever ou Fièvre de l’archive, parce que parler de la fièvre est approprié parce que ça met en évidence l’ambiguïté de l’archive, ou le double sens dans lequel Derrida l’entendait. La fièvre nous évoque la maladie, on se sent trop chaud, ou on a plus de forces, et simultanément, elle peut signifier un désir, une passion, une force qui nous pousse en tant que sujets queer et trans vers une futurité que jusqu’à maintenant, on nous a catégoriquement refusé.
Avec la fièvre-maladie à l’esprit, on peut se demander comment les décisions sur les sujets et les matériaux dont on devrait se souvenir ou oublier, comment se font ces décisions au sein des archives. Qui décide et de quoi doit être dans les archives ?
Déjà, il y a des discours oppressifs, médicaux, juridiques et politiques qui nous assignent nous les queers, et surtout les queers racisé·e·s, des origines surtout dans la biologie, la folie, la criminalité, etc. De plus, dans le social, nos passés et nos présents sont souvent liés au traumatisme. Du coup, est-ce mieux de ne pas conserver certains souvenirs ? Est-ce qu’on a vraiment besoin de nous rappeler et d’inscrire dans les archives notre insertion dans la mort sociale, ou dans ce que ce que Ruthie Gilmore (2007) appelle la mort prématurée, par laquelle elle entend les interruptions violentes de la vie par exemple des trans femmes racisé·e·s lorsqu’elles sont assassinées par des misogynes, ou dans ce que Lauren Berlant appelle la mort lente, par exemple des conditions de précarité que beaucoup de lesbiennes vivent, telles le chômage, le stress du sexisme, le rejet de la famille, l’internement forcé dans les institutions psychiatriques, dans les conditions qu’Abdul Jan Mohamad nomme death-boundedness ou être-en-direction-vers-la-mort qui consiste à vivre avec la menace de la mort, avec des fantômes de jeunes queers, par exemple de jeunes queers qui se sont suicidés, ou avec le SIDA, ou avec la peur de se faire torturer.
Les archives peuvent également soulever la question de nos difficultés, selon nos différentes positionnalités de classe, de racialisation, de genre, de la sexualité, de se souvenir de nous-mêmes, parce qu’on nous a appris à nous oublier, à être quelqu’un d’autre, à passer ou à disparaître, y compris dans des actes d’auto-annihilation.
De plus, les archives peuvent faire remonter à la surface des menaces de victimisation qui nous sont transmises par nos ainé-e-s queers et trans, par des discussions qu’on a entre nous, y compris entre différentes générations queer et trans. En effet, je suis avec Derrida quand il fait remarquer que l’archive est spectrale : avec les archives, il s’agit profondément de vivre avec des fantômes.
D’un autre côté, il y a la fièvre des archives comme désir d’archives. Beaucoup d’entre nous sommes hyper content·e·s d’avoir accès à des traces queer, moi incluse.
Ainsi la possibilité d’archives ça peut inciter chez nous une sorte d’euphorie. En fait, nous avons été privés d’espace, réduits à la chair, privés de temporalité, coupé·e·s de notre passé et de notre avenir. Il est donc compréhensible que des archives qui nous aideraient à avoir un passé, avec lesquelles on peut vivre au présent, et qu’on peut laisser en héritage aux générations futures, nous apportent beaucoup d’excitation. Cependant, on devrait aussi procéder avec prudence parce qu’il serait vraiment utile de réfléchir sur la façon dont nos fragments de vie, d’art, de création, de lutte pourraient apparaître dans les archives et quels seront leurs effets, parce qu’il y a des interprétations.
Pour creuser cette question, on peut effectuer quelques réflexions queers sur l’essai très connu de Spivak qui s’appelle « Can the Subaltern Speak? ».
Spivak y soutient que le champ épistémologique dominant avec ses présuppositions, ses catégories, ses logiques, ses conclusions, constitue une enceinte dans laquelle le sujet subalterne ne peut être entendu.
Spivak invoque deux types de représentations différentes : la « re-présentation » ou le portrait, la figuration ; et l’autre type qui est plutôt politique où quelqu’un est élu pour représenter je sais pas quoi. Le sujet subalterne de Spivak a besoin de plus que la figuration, plus qu’un mandataire, pour être entendu. Seule une révolution épistémologique peut rendre cette subalterne intelligible.
Actuellement, nous, les queers et trans racisé·e·s, on est effacé·e·s, renvoyé·e·s dans le silence et voilà, le sujet LGBTQI universel est imaginé comme blanc et le sujet racisé est présumé hétéro, et souvent, on ajouté que le sujet racisé n’est pas seulement hétéro, mais aussi hyper queerphobe et transphobe.
Donc nous vivons aux confins de la colonialité, du capitalisme, du racisme, de la classe et de la misogynie, des conditions qui nous rendent inaudibles à la plupart des gens, y compris parfois à nous-mêmes.
Dans cette situation, on peut considérer la re-présence queer et trans racisée, ce qui implique l’expression directe de sujets queers et trans racisé·e·s.
Pour le moment la parole passe systématiquement sous le radar, y compris le gaydar. La re-présence est distincte de la représentation dans les deux sens décrits par Spivak. La re-présence contourne ce que Trinh T. Minh-ha appelle justement « parler à côté d’un autre », ce qui est une modalité utile conçue pour respecter un autre. La re-présence honore aussi l’impératif identifié par l’activiste trans noir Che Gossett qui dans son livre fait une interprétation du livre de Derrida justement, qui est de ne pas parler sur, au-dessus d’un autre, mais plutôt de laisser parler l’autre par lui, et c’est ça l’esprit de la re-présence.

Pour Gloria Anzaldúa là dedans, qu’est-ce que ça signifie ?
Actuellement, il y a une collection d’archives d’Anzaldúa, et qui sont faites par les Gloria Evangelina Anzaldúa Papers. Ces archives se trouvent à la bibliothèque de l’Université du Texas à Austin, non pas dans une archive LGBTIQ, mais dans la Benson Latin American Collection, c’est à dire la collection latino-américaine. Et c’est intéressant de savoir que ils ne sont pas situés à l’Université de Californie à Sant Cruz où Anzaldúa était une étudiante en doctorat, et où elle a vécu pendant la seconde moitié de sa vie jusqu’à sa mort, autrement dit elle a été spécifiquement relocalisée géographiquement au Texas, à la frontière, et située en tant que minorisée au sein des archives déjà d’une minorité.
Pendant le récent colloque sur Anzaldúa que j’ai mentionné tout à l’heure, j’ai eu la rare occasion d’entendre une présentation de l’archiviste de Gloria Anzaldúa, Itza Carbajal, et ensuite j’ai pu parler avec elle ; mais j’ai d’abord appris que les archives d’Anzaldúa ont eu des effets qualitatifs et quantitatifs sur la collection latino-américaine. Selon Itza Carbajal, l’inclusion des archives d’Anzaldúa était le résultat d’une longue lutte, parce que les autres archivistes ne pensaient pas que ces archives étaient importantes. Cependant une fois présente la partie des archives d’Anzaldúa aux Archives latino-américaines, au cours de ces dernières années, est devenue la partie la plus consultée, de très loin. Les gens viennent des quatre coins des États-Unis et du monde entier pour visiter les Archives Anzaldúa. Ces archives se sont également élargies au fur et à mesure que la famille d’Anzaldúa dépose les archives, des articles, et des choses, et que les archives incluent un nombre croissant de publications secondaires sur Anzaldúa, comme des œuvres d’art inspirées par ses écrits. Il s’avère qu’Anzaldúa était tout à fait archiviste elle-même, elle a tout gardé, et le contenu et la taille de l’archive rend le travail d’Anzaldúa non effaçable, et de plus, les archives d’Anzaldúa ont ouvert la voie pour d’autres archives queer chicanax et latino-américaines. D’autres chercheures au colloque disaient que les mêmes archives d’Austin les avaient demandé de donner leurs papiers, elles étaient très étonnées d’ailleurs.
Et la deuxième observation sur l’utilisation des archives d’Anzaldúa, avec leur re-présence, agencées à l’usage, avec l’installation de ces archives, il y a aussi l’importance de cette société Internationale pour l’étude d’Anzaldúa qui était fondée en 2007, par des amis d’Anzaldúa et surtout par Norma Cantú. La Société a un site web pour informer de ses activités, elle organise un colloque tous les 18 mois, qui s’appelle El Mundo Zurdo, littéralement « Le monde de la main gauche », et c’est un terme inventé par Anzaldúa pour parler d’un monde pour tout le monde, un monde sans oppression, sans répression, un monde d’égalité, et un monde qu’elle souhaitait que nous créions collectivement.
J’étais là il y a quelques semaines, et j’ai vu qu’en plus cette société publie des anthologies, chez Aunt Lute Press qui est le premier éditeur de Borderlands / La Frontera d’Anzaldúa, et qui continue à détenir les droits du livre. Je veux juste mentionner que le livre Borderlands / La Frontera est en train d’être traduit actuellement, en français, et ce sera bientôt publié chez Cambourakis, il y a aussi un chapitre du livre qui est déjà traduit par Jules Falquet et moi-même en français, et c’est sur le site des Cahiers du CEDREF, dans un numéro spécial sur la pensée queer décolonial chicanax et latino-américaine. Bref, avec tout cela Anzaldúa qui était marginalisée aux États-Unis est devenue beaucoup plus centrale, aux États-Unis, et maintenant elle commence à se faire connaître à l’étranger, elle a déjà été traduite par exemple en italien, en espagnol, en allemand, en polonais. Finalement, elle a également laissé beaucoup de documents d’archives dans divers genres, au delà de ses livres, de ses essais, de ses poèmes, de ses journaux, et autres. Elle a laissé des dessins, des peintures, et tout un hôtel complet de sa salle d’hôtel, avec des bougies, des tissus, et l’espace physique de son hôtel a été recréé et exposé au Centre culturel Esperanza de San Antonio lors du premier colloque El Mundo Zurdo ; et ainsi ses archives sont en train d’étendre la notion du genre archivable, pour inclure non seulement des objets spirituels, mais aussi leurs énergies.
Voilà, je vais juste conclure très rapidement.
Premièrement, je pense que les archives d’Anzaldúa sans censure, et sans classification imposent des textes, des objets et des énergies qui sont très en dehors du domaine de la respectabilité, latino-américaine, anglo, hétéro, etc. et ainsi les re-présences d’Anzaldúa, au sein des archives normatives effectuent un travail transformatif. Cette forme de re-présence risque de nécessiter une nouvelle définition de l’archive, et de nouveau types de classifications, thèmes, et catégories. Et dans le cas d’Anzaldúa, ce processus est dynamique, toujours inachevé, parce qu’il y a toujours une partie d’Anzaldúa et de son archive qui reste exclue. Deuxième et dernière remarque, dans les conditions actuelles de la colonialité du capitalisme, l’homonationalisme et de la misogynie, c’est intéressant de penser aux archives au delà du binaire de Derrida, où les archives sont historiquement conceptualisées comme des lieux passifs, par rapport au sujets actifs qui déposent les textes morts qui servent à maintenir le pouvoir. Au contraire, on peut penser nos archives queer révolutionnaires comme des sujets, et surtout comme des amies, archives-amies, qui sont complexes, parfois problématiques voire mêmes emmerdantes, mais aussi qui sont ouvertes à nous écouter, à évoluer avec nous, et surtout qui nous aident à construire une vision politique hyper radicale pour la libération totale pour tout le monde. Merci.

Voix vives ou l'histoire orale du présent, 6/06/2018.